E-Entraînement, E-Formation et Educ Pop 2.0

Espace de mutualisation pédagogique de formateurs du ministère des sports, de la jeunesse, de l'éducation populaire et de la vie associative

Formateur en FOAD prescripteur de logiciel ? Une question d’autorité et d’éthique traitée à deux voix.


Pour inaugurer le nouveau titre du site, je sors de mon disque dur un article educpop 2.0 sur le choix des outils :

Suite à la publication de l’article WordPress ou Spiral Connect comme agrégateur du web 2.0 où je cite nombre de logiciels, il me semble intéressant de ressortir cette réflexion à deux voix, pas tout à fait aboutie, mais qui tombe à pic sur ce sujet du choix des logiciels que l’on fait (ou impose) en tant que formateur (surtout pour ces logiciels du web 2.0 accessibles en ligne sans installation, et donc justement pour lesquels on pourrait penser que le choix n’a que peu d’importance):

Pascal:

Je vous propose d’aborder un sujet que je trouve trop souvent balayé d’un revers de manche. Les formateurs ayant recours à la FOAD, qui forment les stagiaires via des applications numériques et les accompagnent vers les usages de ces applications, sélectionnent forcement les outils qu’ils utiliseront pour réaliser leur travail. Vous pourrez rétorquer que lors de l’apprentissage de la conduite, nous sommes aussi orientés vers une marque de voiture, puisque nous avons appris avec une seule en général. Ce serait négliger la complexité du métier de formateur. Il propose une ouverture non seulement vers des outils pratiques, un logiciel de traitement de texte comme une voiture citadine quand il s’agit de rendre un devoir, mais aussi vers des usages lorsqu’il propose de reproduire les usages sociaux de la classe à travers les outils numériques. Ces usages correspondent à des modes de vies, puisque le fort développement des médias sociaux sur internet montre bien des manières différentes d’envisager la relation sociale, la relation de travail ou plus encore une attitude face à la circulation ou la production d’information.

A la différence d’une marque de voiture, le système de production des logiciels et des services sur le web relève de plusieurs modèles économiques. En effet, logiciel commerciaux, logiciel libre ou logiciel gratuit, service payant ou gratuit en échange de conditions d’utilisations rarement connues, services communautaires de type associatif ou service à but lucratif représentent des aspects souvent difficiles à déchiffrer face à cet accès soit disant universel du web.

Charlotte:

Cela semble difficile pour l’individu lambda qui doit passer par le nécessaire apprentissage d’un usage qu’une autorité lui délivrera. Et, comme pour tout éducateur, le formateur, pour que son discours soit entendu, doit passer par une reconnaissance de sa compétence, il peut user de son pouvoir d’influence inconsciemment ou non.

Pascal:

En plus de cela, il faut aussi considérer que le formateur travaille dans des lieux spécifiques.

L’organisme de formation n’est pas un lieu neutre, il est habilité par l’état pour délivrer un diplôme (d’état) visant à offrir un service à la population (dans le champs Jeunesse et Sports en tout cas).

Il y a donc bien un réel travail à faire sur une éthique du formateur en FOAD en adéquation avec sa mission éducative envers de futurs éducateurs (ou déjà éducateurs se professionnalisant avec un diplôme). J’ai souvent constater que cet effort était produit par les formateurs qui tentent souvent d’argumenter de leur choix à leurs responsables, alors que c’est le responsable de l’organisme qui devrait être garant de l’éthique de l’organisme.

Charlotte:

Je ne comprend pas de quoi le responsable devrait être garant? De quelle éthique tu parles? L’éthique de la responsabilité? Pourquoi le responsable pus que le formateur ou que chaque citoyen?

Pascal:

Pour moi, le choix d’un logiciel ou d’une application engendre bien d’autres événements que le choix d’une marque de stylo ou même d’ordinateur! L’application permet un accès à notre système d’information et nous sommes rentrés dans une société de l’information. Dans ce sens, l’accès à l’information relève bien pour moi d’un choix collégial de la direction de l’organisme de formation.

Notre sujet du formateur est donc complexe, car, c’est aussi cette quête de sens éthique qui peut produire une plus forte autorité et donc une plus grande manipulation de son propre public, au même titre qu’une autorité d’un formateur trop sûr de ses choix techniques.

Souvent, le formateur pense qu’en parlant de plusieurs logiciels ou usages, il laisse libre la personne de ces choix. Le problème est que le formateur sous estime son pouvoir d’autorité et d’exemplarité quand il est dans son habit ou uniforme de “maître”.

Charlotte:

Pour appuyer ces propos, je vous propose de référer à des expériences issues des sciences sociales. Expérience de soumission à l’autorité de Stanley Milgram et notion de servitude volontaire d’Etienne de la Boétie. L’expérience originelle de Stanley Milgram montrait que 70% des sujets allaient jusqu’à délivrer des décharges électriques mortelles à un être humain dans une pièce contigu sous l’influence d’une autorité scientifique et d’un cadre de l’expérimentation pour la science.

Les sujets étaient choisis pour leur relative « normalité » et leur représentativité de la population moyenne: c’est à dire tout le monde comme n’importe qui, c’est à dire, toi, comme moi…

L’autorité scientifique était un soi-disant professeur d’université dans le cadre de son laboratoire de recherche. Pour découvrir plus en profondeur cette expérience et le protocole mis en place vous pouvez regarder une description sur Wikipédia ou regarder l’extrait du film « I comme Icare » (attention dans le film les deux sujets se voient alors que dans l’expérience de Milgram, ils sont dans des pièces séparées).

Extrait vidéo de I comme Icare:

Pascal:

On peut se demander si le formateur FOAD, ne portant pas d’uniforme formel, peut représenter socialement la même autorité dans son cadre d’exercice qu’est l’organisme de formation.

Charlotte:

L’autorité du formateur est reconnue parce que:

– la consigne est répétée invariablement et inchangée de la part d’un professeur (discours répétitif identique pour un apprentissage)

– elle revêt un caractère scientifique (valorisation de ce qui relève des sciences et des techniques comme valeur de vérité)

– la norme imposée est valorisée et admise socialement (l’élève a foi en son maître), l’usage des récompenses (dans l’enfance) dans le processus d’apprentissage valorise cette intériorisation des normes.

La confirmation des résultats de l’expérience de Milgram lors de nombreuses reprises de celle ci est illustrée notamment dans l’expérience menée dans le cadre de l’influence des animateurs de télévision avec le jeu de la mort diffusé par France 2 en 2009.

En ce qui concerne les écrits de la Boétie, cela traite de la faculté humaine à se soumettre souvent sans en être réellement contraint. Cela montre, que même quand on la volonté de laisser le choix, on exerce une influence forte sur des personnes cherchant finalement à ce qu’on le leur impose. La conséquence de cette soumission volontaire à l’autorité est la dé-responsabilisation des individus face à ce qu’on leur commande de faire, ce qui peut conduire à des états de tensions internes lorsque il y a conflit éthique entre ce que je dois faire et ce que je peux vouloir faire.

Pascal:

Au vu de la complexité de ce métier nouveau, toujours en pleine mutation, je proposerais donc une liste de règles:

Charlotte:

Je ne sais pas si le mot « règles » est bien adapté ici… à moins que tu veuilles soumettre tes stagiaires…🙂, les lecteurs ou formateurs si on lit le texte?

Pascal:

Je suis pris en flagrant délit😉 Je dirais alors plutôt des conseils pragmatiques :

  • à l’image du club sportif sponsorisé par un équipementier, il faut absolument afficher les logiciels utilisés qui proviennent d’offres spéciales (ou d’accord partenarial) avec un fournisseur de matériel ou logiciel (exemple des licences éducation de Microsoft, ou autres, qui sont une sorte d’offre promotionnelle et donc publicitaire, l’échange de service gratuit contre profil utilisateur de Google…)
  • distinguer choix technique objectif et préférences personnels (liées aux habitudes d’utilisation, il est normal de trouver un logiciel plus ergonomique quand on l’utilise quotidiennement depuis des années)
  • toujours avertir que au vu des contraintes techniques du lieu et des usages et habitus du formateur on va être en quelque sorte prescripteur
  • Faire attention aux abus de langage, exemple: “Vous présenterez votre travail avec Powerpoint” au lieu de présentation vidéo projetée ou “slide”
  • être prescripteur n’est pas répréhensible (et/ou problématique) à condition d’en être conscient et d’avertir son public

Je vous invite donc à amender et commenter cette liste et à la personnaliser selon votre positionnement professionnel et votre environnement.

Charlotte Chellé et Pascal Choteau

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